DUALITÉ ET SYNTHÈSE

La peinture s’annonce directement. La sculpture est plus secrète. Elle demande une participation mobile. Il convient de se mouvoir, de tourner autour de la pièce proposée, d’évaluer l’épaiseur, l’impact volumétrique de l’oeuvre, d’apprécier non pas l’envers et l’endroit comme pour une médaille, mais réellement de choisir des angles de vue, de comprendre le mécanisme de la ronde bosse, son implication dans le décor. La toit appartient au mur. L’oeuvre sculptée est une présence. Elle s’érige impérative, dans sa force ou sa légèreté. Nul ne saurait l’ignorer.

Mais parcourir un atelier ou un parc de sculptures est une entreprise labyrinthique. Une exposition de pièces lourdes et monumentales ou de créations minutieuses s’énonce comme une découverte, comme une invite à la connaissance, à la compréhension…A plus forte raison quand les racines de la création modifient notre expectative, nous plongent dans un univers différent. Diem Phung Thi nous offre certes un art de synthèse où le cartésianisme européen apporte sa caution de logique, son organisation d’équilibre, la puissance de son poids, les lignes de forces de son envolée architectonique. Mais l’Asie est une princesse, une entité souveraine, dont le mystère est un privilège pour qui s’en pénètre. A elle les formes hiératiques, les souplesses rythmiques dont la profusion répétitive engendre l’écriture, la donne courbe intégrée à la masse, découpée, recommencée à l’infini, comme une musique lancinante et délicatement sonore, nuancée de percussions et de temps calmes.

Cet aspect de double appartenance qui aiguise l’appétit du critique ne doit pas faire négliger la philosophie de cet art, les prises de conscience de la réalité temporelle, de la recherche quotidienne. Il existe une grande liberté dans cette éthique personnelle et affirmée. Le sujet n’est soumis à aucune contrainte stylistique autre que la dualité précitée…

Nantie de ce viatique de culture, Diem Phung Thi ne limite jamais son dire et selon l’opportunité se livre à des réalisations sérielles, figurative ou non et quand l’inspiration et unitaire à l’élaboration d’une pièce unique. Les premières exigent la domination du suivi, l’originalité de la seconde se nourrit de ses propres forces. Si les statues proprement dites bénéficient de toutes les qualités traditionnelles, composition dimensionnelle, matière, forme, couleur, les tentatives sérielles posent les problème de la globalité, astreignant leur auteur à l’occupation de l’espace et de ce fait introduisent déjà la préoccupation d’une architecture.

Ainsi Diem Phung Thi possède – t – elle des ouvertures variées; elles créent la diversité de cet art et l’orientent au choix vers l’intimité de l’objet ou le monumental.

Il ne faudrait pas oublier pour compléter cette modeste approche, les travaux de collages où son intuition exerce un autre langage, les dessins, les oeuvres peintes et puis les merveilleux bijoux essaimés comme des fantaisies primesautières, ravissantes miniatures de sculptures et les meubles de design que cet artiste polyvalent se plaît à concevoir, car rien ne s’oppose n’est – ce pas à l’application quotidienne et pratique de ce qui est règle de vie et de travail.

Vallauris, avril 1991

Michel Gaudet